lundi 29 septembre 2014

Tinguely


Quand j'étais gosse, dès que j'assemblais des bouts de fer à d'autres objets hétéroclites, invariablement on me demandait : "Tu fais une machine à Tinguely ?" Machine à laver, machine à Tinguely, ma chine à reluire... Je me demandais bien ce que mon imagination avait inventé d'utile. Je ne savais pas que Tinguely était un homme qui inventait des machines inutiles.



Maintenant que j'ai grandi, je sais qui est Jean Tinguely. Entre le début des années 50 et le 30 août 1991, date de sa mort, il a acquis ses lettres de noblesse ; il a su convaincre que la poésie pouvait se trouver autrement que dans un assemblage de mots, qu'un tas de ferraille pouvait être lyrique. Et moi, j'ai vu plusieurs œuvres d'artistes influencés par Tinguely, mais jamais aussi drôles ou surprenantes.

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Meta-Maxi-Utopia (1987)


" Assurément tout cela est animé par plus d’un souffle démoniaque, bien que nous gardions calmement les doigts croisés… Et au-delà de toute la drôlerie de l’ensemble et du raffinement spirituel de la mécanique, on peut y découvrir une gaîté plus sombre qui s’apparente au désespoir. Ses machines fonctionnent merveilleusement bien, mais elles ne produisent rien, et c’est à nous de déchiffrer leurs messages sombres et ambigus. " 
  The Financial Times

Si je suis allée à Bâle, c'était à cause de lui. D'abord, pour la partie "mise en bouche" de mon cadeau d'anniversaire, visite du Musée Tinguely. Un musée qui lui est dédié. Site du musée : http://www.tinguely.ch/fr.htm

Au bord du Rhin, dans un grand parc à l'ombre de son mécène
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L'unique chose stable - c'est le mouvement - partout et toujours. (1966)

Nous avons essayé de confier nos dons artistiques à Meta-matix, notre unique élan de créativité étant de choisir les couleurs...

... comme Jean Tinguely

Un résultat joyeux et pointillé.
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Le définitif - c'est le provisoire. (1966)
Par conséquent, ce n'était pas étonnant que la "surprise" se termine par Cyclope, spectacle poétique et loufoque : des artistes, musiciens et jongleurs qui ont fasciné tout l'été les spectateurs de la ville d'enfance de Tinguely.  La troupe d’artistes mêle acrobatie, théâtre et musique live – sans prononcer la moindre parole – dans cette création pour le moins originale - un monde magique de forains, de farceurs, de vendeurs de barbe à papa et d’artistes surgissant de leur baraques - et fait revivre le Cyclop de Tinguely au fil d’un spectacle époustouflant, dans un décor de 17 mètres de haut.



Le Cyclop, également connu sous le titre du Monstre et de la Tête.
L’œuvre est située dans le bois des Pauvres à Milly-la-Forêt.
Le rêve, c'est tout - la technique, ça s'apprend.


J'ai toujours été anti-tout et surtout anti-art ou méta-art ou merde à l'art. (1991)

Pour connaître sa vie et son œuvre en détail, c'est ici.

vendredi 26 septembre 2014

Bâle : District des trois frontières

J'avais oublié 
  • combien la ville de Bâle pouvait être agréable,
  • qu'elle jouissait d'un des climats les plus doux de Suisse,
La Fondation Beyeler
  • que sa vieille ville était pleine de charme, la grande Place du Marché, l'Hôtel de Ville en grès rose richement décoré, la cathédrale de style roman tardif et gothique,
La nouvelle halle de la foire de Bâle (Herzog & deMeuron)
  • comme c'était savoureux d'y siroter un cocktail sur une terrasse au bord du Rhin,
  • le goût de miel et le croquant des läckerli, ces biscuits typiques de la ville,
  • que Bâle était une ville verte, une ville de bobos qui pédalent ou flânent le long des rives du Rhin,
... et s'arrêtent pour prendre un verre
  • qu'elle se situait au carrefour, entre Suisse, Allemagne et France. Qu'elle entretenait des relations étroites avec Shanghai, l’État fédéral américain du Massachussetts et la ville américaine de Miami Beach, 
  • que j'avais travaillé à Baselworld, le plus important rendez-vous international de l'industrie de l'horlogerie et de la bijouterie,
  • que j'avais croisé Art Basel - exposition d'œuvres d’art du 20e siècle considérée comme le salon international le plus important du marché de l'art - dans la friche industrielle transformée en galeries M50 à Shanghai. Que Bâle se disait "capitale culturelle de Suisse", 








  • que j'avais vu Roger Federer, un célèbre natif de Bâle aux Swiss Indoors Basel perdre contre Novak Djokovic,
  • que Bâle était économiquement forte, la plus dynamique de Suisse, nous dit-on, en tous cas un bastion de la recherche pharmaceutique.J'avais tout oublié, sauf Roger.

.














J'ai redécouvert Bâle en cadeau d'anniversaire. Oui, on m'a offert Bâle, j'ai pris, j'ai aimé. Et je me mets à rêver que j'aimerais bien habiter à Bâle... 

http://www.myswitzerland.com/fr-ch/bale.html
http://www.basel.ch/fr.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A2le

La gare de Bâle

lundi 22 septembre 2014

Santé !

La clinique de Lausanne dans laquelle j'ai subi
2 interventions dès mon retour. Je me suis sentie très gâtée
de pouvoir m'y faire traiter avec mon assurance de base

Je n'ai pas beaucoup profité de la vue sur le lac Léman
Dire que le système de santé suisse est compliqué serait faux. Il est simplement bizarre et particulier. Il correspond tellement bien à notre mentalité ni-oui-ni-non-bien-au-contraire pour ne fâcher personne. Voyons plutôt (http://www.assurance-info.com/caisse_maladie_LAMal.htm):

















" L’assurance de base garantit à toute personne vivant en Suisse des soins et des traitements médicaux de qualité. L’assurance maladie de base est obligatoire et fournit les mêmes prestations à tous les assurés. Elle couvre les soins ambulatoires dispensés par les médecins de famille ou en hôpital, ainsi que les séjours en division commune dans les hôpitaux du canton de domicile." 








C'est plutôt bien, jusqu'ici plutôt simple. Sans le demander, du moment que nous avions une adresse en Suisse, hop, nous étions assurés à notre descente d'avion. Sans examen, ni de notre dossier ni de notre corps, sans réserve, nous pouvions nous faire soigner. J'avais connu ce système avant de partir en Chine, puisqu'il existe depuis 1994. Je pensais que c'était normal d'être pris en charge. Ailleurs, j'ai vu qu'il en était autrement, rien n'est normal, nous ne sommes pas tous égaux face aux assureurs. Mieux vaut être jeune et en bonne santé. Et homme. Je ne suis ni jeune, ni en bonne santé (forcément vu que je ne suis plus jeune) et certainement pas homme. La liste de maladies et de parties de mon corps qui ne pouvaient entrer en considération (partout où j'avais déjà subi une intervention ou l'intérêt d'un médecin) était très longue. Alors, de me retrouver sans liste m'a rendue terriblement reconnaissante, on admettait une certaine usure de ma carcasse. Mieux, on admettait aussi que je pouvais avoir (eu) une vie de débauche (que j'estime subjectivement modérée).

Eux, des politiciens locaux de droite, ont utilisé
des symboles visuels pour expliquer qu'ils se
sentiraient oppressés par une caisse unique.

Où les choses deviennent étranges, c'est quand on apprend qu'il y a 61 caisses-maladie qui offrent toutes les mêmes prestations, selon le catalogue imposé par la loi. Continuons notre lecture :

" Le choix de l’assureur pour l’assurance de base est libre. L’assureur doit accepter toute personne qui veut s’assurer auprès de lui. L’assureur ne peut faire aucune réserve sur les prestations qu’il fournit à l’assuré. Les prestations de l’assurance de base sont fixées par la Loi fédérale sur l’assurance maladie (LAMal) et son règlement est préétabli. Les prestations de tous les assureurs sont identiques (mais pas au même prix)."

Affiche d'un parti qui se sent obligé, quel que
soit l'objet de la votation, de glisser mot "étranger"
(avec connotation négative) dans sa campagne.
Donc mêmes prestations, mais pas au même prix. Chaque automne, chaque caisse annonce les nouveaux prix à chaque canton. En généralisant, il y a les cantons romands un peu cigales, un peu douillets qui rendent visite à leur médecin pour un rien et les Alémaniques qui mangent leurs 5 fruits et légumes pas jour, les arrosent de breuvages aux plantes médicinales et font en plus du sport d'endurance. Chaque automne, les Romands crient au scandale et les Alémaniques ricanent, c'est de bonne guerre. A la même période, les politiciens cantonaux s'indignent, mais rien ne se passe. L'assuré peut changer de caisse, aller vers une moins chère qui lui offre les mêmes prestations. On trouve même une lettre de résiliation type en ligne. Avouons que changer de caisse chaque année c'est contraignant, surtout pour avoir les mêmes prestations, mais à moindre coût.

(http://www.letemps.ch/Page/Uuid/27f1d030-2a0d-11e4-8ab3-d33d36d7ae61/La_Suisse_al%C3%A9manique_refuse_la_caisse_publique)
Le système suisse est plutôt bien coté. Un récent sondage le place même au 2e rang, juste derrière... le Royaume Uni ! (1. Royaume Uni - 2. Suisse - 3. Suède - 4. Australie - 5. Allemagne & Pays-Bas - 7. Nlle Zélande & Norvège - 9. France - 10. Canada - 11. États-Unis). Pourtant, rien ne va plus. Nous allons voter le week-end prochain sur ce sujet. La question qui nous est posée est la suivante : Acceptez-vous l'initiative populaire "pour une caisse publique d'assurance-maladie ". Autant le dire tout de suite, le Conseil fédéral et le Parlement nous recommandent de rejeter l'initiative. Tout va bien ainsi, pourquoi changer de système ? L'initiative provient de la gauche qui estime que les caisses maladie privées dilapident près de 325 millions de francs en frais de publicité, provenant directement des primes, afin d’assumer notamment les coûts engendrés par les changements de caisses. Les dés sont un peu pipés, je viens de lire que sur un total de 246 parlementaires fédéraux, 36 sont liés au secteur de l'assurance maladie, soit plus de 14% des représentants des deux Chambres. La présence des assureurs est encore plus forte dans les commissions de la santé, où près du tiers des élus disposent de liens avec ce milieu...


Je dois me remettre dans le bain, 4 ans sans voter, j'ai perdu la main. Je ne sais plus lire entre les lignes. Je vois toutes ces pubs pour me faire pencher du côté du "NON", je me dis qu'effectivement, certains doivent avoir des intérêts financiers énormes dans la continuité. Je vais voter "OUI", après tout les assurances sociales - étatiques - fonctionnent bien depuis des dizaines d'années. Une caisse maladie publique pourra tout aussi bien fonctionner selon le même modèle. Je ne vois pas pourquoi une caisse me demanderait CHF 315.40 et une autre CHF 466.90, pour la même couverture (source comparis.ch) !

Rien que pour cette image de propagande d'une autre époque
que je voudrais voir révolue, je voterai OUI !
Résultats le 28 septembre 2014.




vendredi 19 septembre 2014

Joyeux anniversaire, mon canton de Neuchâtel


La Suisse est composée de 26 cantons et demi-cantons qui ont chacun leurs propres constitution, parlement, gouvernement et tribunaux. Jusqu'à peu, ils avaient aussi leurs systèmes scolaires -  certains commençaient même l'année scolaire au printemps, d'autres en automne. Les cantons latins de Genève, du Jura, de Neuchâtel, du Tessin, du Valais et de Vaud sont constitutionnellement des Républiques. Les vingt autres cantons sont constitutionnellement des États.

Le mien, Neuchâtel, est l'un des plus jeunes. Avec Valais et Genève, il célèbre ses 200 ans. Bravo ! Nos autorités se sont donné de la peine pour concocter un joli programme impliquant jeunes et vieux, villes et campagnes, un brin d'histoire, des marchés, des spectacles, des films. Bravo, le bon peuple est heureux.

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 Très bref extrait d'un spectacle créé pour l'occasion, Place Two Bi (centenaire)
Et moi, une revenante, j'ai eu un regard critique, très critique. Depuis plus de 10 ans, peut-être même 20 ans, ce canton n'a plus une identité d'ensemble. Il y a le haut - les montagnes, les industries - et le bas - le lac, les manufactures plus "prestigieuses". D'en haut, on voit le bas comme des privilégiés prêts à nous dépouiller. D'en bas, on voit le haut comme des sauvages besogneux. Les "grandes" écoles (techniques principalement) ont été déplacées vers le bas, pour conserver une masse critique nécessaire, paraît-il. La saga de l'hôpital neuchâtelois dure depuis des années, chaque fois que les politiques planifient un service cantonal en haut, le bas se mobilise pour qu'il ne puisse s'y installer. Les liaisons ferroviaires sont en piteux état, nous venons d'apprendre que les trains pourraient ne plus circuler vers les montagnes dès 2019. Les routes du haut bouchonnent alors que le bas se voit doté d'un réseau routier récent, sur le point d'être terminé. On dirait même que la distance du haut vers le bas n'est pas la même que celle de bas en haut.


Les habitants du bas sont convaincus qu'en haut tout n'est que violence, chômage et danger, en tous cas ceux que nous avons rencontrés, ceux qui se demandent pourquoi nous avons décidé de nous établir à nouveau dans les montagnes. Entre les deux, on trouve "les vallées", Val-de-Ruz et Val-de-Travers, dont les habitants, parce qu'ils relient plus facilement Neuchâtel par la route ou les transports publics, y sont plus naturellement attirés, ça aurait pu paraître plus acceptable si nous avions opté pour l'une ou l'autre vallée !

Dans le haut, le lac des Taillères,
à deux pas de La Brévine, la Sibérie de la Suisse

Neuchâtel, notre capitale, que l'on nomme "chef-lieu".
Le château abrite les autorités.


























Dans le bas, le très paisible village du Landeron
Dans le haut, Le Locle lors de la Foire du livre

























Pourtant, vu avec un peu de recul, le canton de Neuchâtel dans son ensemble n'est de loin pas un paradis. Les impôts, par exemple, y sont élevés. Il n'est pas bien géré, il ne fait pas très envie. D'ailleurs, quand on en sort, les Vaudois ou les Genevois ne font pas trop la différence entre le haut et le bas, Neuchâtel est un canton pauvre, peuplé de gens sympathiques voire comiques, mais un peu rustiques. Lors de l'ouverture des festivités du Bicentenaire, Frédéric Maire, directeur neuchâtelois de la cinémathèque suisse de Lausanne a lancé "Chers Neuchâtelois d’aujourd’hui, soyez plus audacieux, prenez exemple sur ces révolutionnaires du Haut qui sont descendus sur Neuchâtel pour libérer le canton des Prussiens!"

A cheval entre le Val-de-Travers et le bas, le Creux-du-Van,
avec vue sur le plateau et les Alpes


Depuis La Sombaille, vue sur les cantons du Jura et de Berne,
et la France
























Depuis ailleurs en Suisse, on nous dit vivre au bout du monde, mais en regardant les deux photos ci-dessus, je réalise que nous sommes au milieu du monde. Exactement au milieu. 2 heures pour aller en Allemagne, 2h30 pour l'Italie, 4h pour l'Autriche et le Lichtenstein, 10 km pour atteindre la France, qui dit mieux ? Avec une telle situation, un horizon pareillement ouvert, je me demande bien pourquoi nous nous refermons pareillement sur nous-mêmes. Mais oui, soyons audacieux. Et si, au lieu de faire des fêtes imposées, nous nous mettions à nous respecter mutuellement, à reconnaître toutes nos valeurs ? Et si nos autorités arrêtaient d'avoir un enfant préféré ? Et si nous arrêtions d'élire des gens qui pensent avant tout à leur image plutôt qu'à celle de notre canton ? Alors oui, dans tous ces cas réunis, nous pourrions peut-être bien nous trouver au paradis...

Une interview décalée de 120 secondes